C'est quoi une B.D. ?

Intro

La Bande dessinée est une suite de dessins qui composent une narration et/ou transmet des informations. Chaque page constituée de ces dessins est appelée planche. Chacun de ces dessins est appelé case ou vignette. Une vignette peut comporter ou non du texte. Lorsqu'il s'agit de texte narratif, il est placé dans un bandeau en haut ou en bas de vignette. Lorsqu'il s'agit des paroles ou des pensées exprimées par un personnage, celles-ci sont placées dans un phylactère, appelé plus communément bulle, en raison de sa forme la plus courante. Plus rarement, les dialogues ou les pensées des personnages peuvent figurer dans un bandeau en bas de vignette, présentés alors comme un texte littéraire (emploi des tirets, des guillemets...)


Même si quelques rêveurs voient les ancêtres de la B.D. dans les hiéroglyphes, dans certaines miniatures du Moyen Âge européen, ou encore dans les dessins sous-titrés du Suisse Rodolphe Töpffer (vers 1830), on considère plutôt que les premières bandes dessinées, sous leur forme moderne, apparaissent à la fin du XIXème siècle.
En effet, c'est aux Etats-Unis, à partir de 1897, qu'est publiée la toute première B.D. au monde, The Katzenjammers Kids (qui sera traduite en France sous le titre Pim Pam Poum), de Rudolph Dirks. Cependant, aux Etats-Unis, on ne parle pas de bande dessinée, mais de comic.

La Bande dessinée

Pour la bande dessinée, proprement dite, c'est en France que l'on trouvera ses origines, avec Bécassine, de Joseph Pinchon, dès 1905. Mais, c'est finalement en Belgique que se développera le mieux ce nouvel art grâce, notamment, à deux revues proposant les oeuvres des fils spirituels des Belges Hergé et Jijé : Spirou (premier numéro en 1938) et Tintin (démarre en 1946). En effet, ces deux magazines vont servir de tremplin pour les Grands de la B.D. : Yvan Delporte, André Franquin, René Goscinny, Michel GregJacques Martin, Morris, Peyo, Jean Roba et Albert Uderzo, pour ne citer qu'eux.


En France, c'est le journal Vaillant (qui deviendra Vaillant, le journal de Pif, puis Pif Gadget) qui  favorise la découverte des grands talents gaulois de la bande dessinée, à partir de 1945 : Arnal, Jean Cézard, André Cheret, Marcel Gotlib, Roger Lécureux, Jean Ollivier, Raymond Poïvet et Jean Tabary, entre autres.

Toujours dans l'hexagone, n'oublions pas Pilote, créé en 1959 par Goscinny et Uderzo. Ce magazine permet à ces deux-là, ainsi qu'à Gotlib, de s'épanouir, à Greg d'imaginer Achille Talon, et à un certain nombre d'artistes, dont certains avaient déjà brillé dans les revues citées ci-avant, d'asseoir leur autorité dans l'univers de la B.D. : Claire Bretécher, Cabu, Jean-Michel Charlier, De Groot, Fred, Christian Godard, Turk, etc.

Bref, bien avant les albums cartonnés, c'est la presse, avec ses fameux illustrés, qui permet à la B.D. francophone de s'épanouir.

Le Comic

Parallèlement, aux Etats-Unis, se développent donc les comics. Ceux-ci, par rapport à la B.D., présentent essentiellement les deux différences suivantes :

1° Alors que la bande dessinée bénéficie d'épaisses revues et de luxueux albums, les comics paraissent généralement sous la forme de fins fascicules.

2° Contrairement au personnage de B.D., qui est généralement la propriété de son auteur, le personnage de comic appartient à une maison d'édition, et son destin sera assuré par une interminable succession de scénaristes et de dessinateurs, tandis que le rédacteur en chef insufflera les orientations de la série.

Parmi les grands classiques du comic, on peut citer : Buck Rogers, Flash Gordon, Little Nemo in Slumberland (par Winsor McCay), Mandrake le magicien, Prince Valiant (par Hal Foster) et, bien entendu, les comics de Walt Disney mettant en scène Mickey Mouse et Donald Duck.

A partir de 1938, le petit monde du comic est révolutionné par l'apparition du personnage de Superman (créé par Jerry Siegel et Joe Shuster). La popularité du héros est telle que l'heureux éditeur, DC, s'engouffre dans la brèche et crée dans la foulée Batman, Wonder Woman, Flash, et bien d'autres. Les super-héros deviennent alors un sous-genre à part entière du comic. Sous-genre qui se serait essoufflé sans l'arrivée des éditions Marvel qui, à partir de 1961, sous la houlette de Stan Lee, Jack Kirby, Don Heck et John Buscema, créent une pléiade de super-héros qui passent en tête des ventes de comics : Fantastic Four, Spider-man, Hulk, X-Men, etc.

Notons que le comic peut prendre aussi la forme d'une courte bande de cases horizontale mettant en scène un gag ou racontant une aventure en feuilleton. Il s'agit alors d'un comic strip, publié dans la presse. Parmi les plus connus traduits en Europe : Calvin et Hobbes de Bill Waterson, Garfield de Jim Davis, Peanuts de Charles M. Schulz et Popeye de E.C. Segar. En France, on a inventé le comic strip dont les vignettes forment une bande verticale, on l'appelle chandelle.

Le Manga

En 1902, influencé par les comic strips qu'il a découvert dans les journaux américains, le Japonais Rakuten KITAZAWA lance le premier comic de la presse nippone : Tagosaku to Mokube no Tôkyô kembutsu. Fort du succès rencontré par cette oeuvre, Ippei Okamoto introduit dans l'archipel les comics américains Bringing up father (La Famille Illico, en France) de George McManus et Mutt and Jeff de Bud Fisher. En 1923, Katsuichi KABASHIMA réalise la première bande dessinée pour enfants, en ayant recours aux phylactères : Shô-chan no bôken, l'histoire d'un petit garçon visitant d'autres dimensions en compagnie de son écureuil. Les manga (= esquisses rapides) vont connaître un essor grandissant jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, mais les mangaka (dessinateurs de manga) subissent la censure rigoureuse des nationalistes qui contrôlent le gouvernement nippon, et ils ne peuvent que publier des oeuvres politiquement correctes à l'intention de la jeunesse ou bien des oeuvres adultes de propagande patriotique.

Il faut attendre l'après-guerre et l'arrivée du génial Osamu TEZUKA pour que naissent les manga modernes, réalisés dans un style graphique inspiré des dessins animés américains et utilisant les techniques de découpage du cinéma qui apparentent dès lors les manga, et c'est encore le cas aujourd'hui, à des story-board hollywoodiens. Parmi les multiples oeuvres de TEZUKA, on peut citer : Tetsuwan Atom (Astro Boy, en France), Jungle Tatei (Le Roi Léo) qui sera bien des années après adapté dans un long métrage Disney sous le titre Le Roi Lion, ou encore Ribon no kichi (Princesse Saphir). Puis, les années 50 à 80 voient le manga se développer de façon fulgurante sous l'égide de grands noms qui verront leurs oeuvres adaptées en dessins animés pour la télévision : Tsukasa HÔJÔ (Cat's eye, City Hunter/Nicky Larson), Yumiko IGARASHI (Candy Candy), Leiji MATSUMOTO (Captain Harlock/Capitaine Albator), Rumiko TAKAHASHI (Maison Ikkoku/Juliette je t'aime, Urusei Yatsura/Lamu), Akira TORIYAMA (Dragon Ball), etc.

Notons qu'une autre spécificité du manga, par rapport à la B.D. et au comic, réside dans le fait que celui-ci est toujours réalisé en noir et blanc et que, par conséquent, les mangaka sont passés maîtres dans les jeux graphiques d'ombre et de lumière. 

Et c'est tout ? 

En dehors de la bande dessinée francophone, des comics et des manga, il n'existe pas d'autres variantes ayant des particularités qui lui soient propres. Même si chaque langue possède ses termes pour désigner la B.D., ceux-ci ne renvoient à rien d'autre qu'à des oeuvres réalisées en respectant les codes des principaux genres. Par exemple, le fumetti italien ne se distingue en rien de la bande dessinée (Pépito, Cap'tain Swing...) Quant au manhwa coréen, ce n'est rien de plus que du manga... en langue coréenne !

Conclusion

De plus en plus, les dessinateurs de B.D., influencés par les formes de narration et les esthétiques d'autres continents, mélangent tout naturellement les caractéristiques de la bande dessinée, du comic et du manga, dans un bouillon de culture plus ou moins réussi, selon les talents de chacun. 

D'une part, on trouve des auteurs francophones qui réalisent des bandes dessinées qui sont en fait des manga se lisant à l'occidental, de gauche à droite.

D'autre part, des dessinateurs américains mettent en scène dans leurs comics des personnages dont le graphisme n'est pas sans évoquer certains manga.

Enfin, il se trouve des mangaka qui apprécient tant les comics qu'ils les adaptent à la sauce nippone. Ainsi, il existe des manga de Batman, de Spider-man et de Star Wars !

Si l'on peut se réjouir généralement de l'ouverture d'esprit envers les autres cultures, on peut malgré tout s'inquiéter dans ce cas précis : il ne faudrait pas que ces influences mutuelles débouchent sur une seule et même forme internationale de B.D., ce qui représenterait inévitablement un appauvrissement, car un frein à la diversité.

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